Le problème du plastique


Adam Starr et Maxwell Gauthier sont deux étudiants de cycle supérieur de l’Université St. Francis Xavier qui veulent éliminer les déchets plastiques. Pour atteindre ce noble objectif, ils ont créé Drastic Scholastic Thermoplastics (DST), une entreprise qui vise à empêcher que les déchets plastiques ne se retrouvent dans les sites d’enfouissement et dans l’environnement grâce à des centres de recyclage communautaires et à des systèmes de récupération de la valeur. Leur plan consiste à cerner ou à créer de nouveaux marchés finaux pour le plastique recyclé et les produits en plastique.

L’entreprise, qui a démarré en 2019, a déjà acquis une certaine notoriété. En octobre, elle a reçu 25 000 dollars dans le cadre du programme Spark Nova Scotia pour élaborer son plan d’affaires et, en février prochain, DST ouvrira son premier centre de recyclage sur le campus de St.FX.

Une crise de pollution plastique

Ce qui motive la DST, c’est son engagement à s’attaquer à la « crise du plastique », une expression qui fait référence au fléau planétaire grandissant de la pollution à grande échelle causée par les produits en plastique. Selon le Rapport sommaire de 2019 sur l’étude économique sur l’industrie, les marchés et les déchets de plastique au Canada, 91 % des déchets plastiques ne seraient pas correctement recyclés au Canada.

Le plastique lui-même est l’un des facteurs qui contribuent à cet énorme problème. Les entreprises de gestion des déchets sont souvent incapables de recycler le plastique que nous jetons dans nos bacs en raison de contaminants, notamment les restants de nourriture, la colle des étiquettes et les matériaux non recyclables.

« La principale raison pour laquelle le plastique n’est pas correctement recyclé est que les entreprises de gestion des déchets le reçoivent contaminé », affirme M. Starr.

« Elles reçoivent plus de plastique contaminé qu’elles ne peuvent en manipuler, et il est impossible de tout désinfecter comme il faut. C’est le problème immédiat que nous essayons de résoudre. »

Sur les 20 entreprises de gestion des déchets que M. Starr et M. Gauthier ont interrogées lors de leur phase de détermination des clients, 90 % ont déclaré que le plastique contaminé était leur principale bête noire. 

Décentraliser la gestion des déchets

Au Canada, la gestion des déchets est souvent assurée par une seule entité, généralement municipale. DST envisage plutôt un système de gestion des déchets décentralisé qui encouragerait le consommateur à jouer un rôle plus actif dans le processus de recyclage.

« Nous essayons de donner à St.FX et à la collectivité environnante les moyens de créer une stratégie de gestion des déchets personnalisée et de faire leur propre collecte, leur propre tri et leur propre nettoyage », explique M. Gauthier.

« Nous redéfinissons les modèles de recyclage traditionnels en donnant à la collectivité les outils dont elle a besoin pour gérer ses déchets de manière locale, afin que ceux-ci n’aboutissent pas dans nos sites d’enfouissement ni dans nos océans. »

Selon M. Starr, tous ces outils sont prêts pour le lancement du premier centre de recyclage de DST, en février. Une fois qu’il sera en fonctionnement, le centre permettra de nettoyer, de déchiqueter et de trier comme il se doit les différents types de plastique recyclable en fonction de leur qualité et de leur couleur.

Plastiques de haute qualité

Les matières plastiques propres et triées sont un produit de grande valeur pour les fabricants de plastique, qui hésitent souvent à utiliser des plastiques recyclés parce qu’ils peuvent être contaminés.

Or, explique M. Gauthier, « si le [plastique recyclé] est correctement nettoyé et trié quand [les fabricants de plastique] le reçoivent, alors la valeur de ce plastique est astronomique. Une fois que nous avons un produit propre, nous pouvons le refabriquer et le vendre comme notre propre produit ou alors comme matière première pour les fabricants de plastique, qui pourront s’en servir au lieu de se rendre à la source pour de nouveaux matériaux. »

Le procédé de nettoyage inédit de DST en est toujours au prototypage, mais les deux fondateurs de l’entreprise espèrent disposer d’un modèle fonctionnel (NMT 9) et être pleinement en activité d’ici septembre 2021.

D’ici là, ils réfléchissent à différents produits en plastique recyclé qu’ils pourraient créer à l’interne et, en attendant l’arrivée des pièces électriques, ils se montrent créatifs dans leurs méthodes de prototypage. 

« Nous sommes allés au Value Village [un magasin d’articles usagés] et avons acheté un four grille-pain et un presse-panini et nous avons fabriqué un sous-verre » raconte M. Starr. « Il est moche, je sais, mais nous l’avons fait à partir d’un four grille-pain! »

Soutien communautaire

Les deux entrepreneurs ont amassé plus de 49 000 dollars auprès de différentes sources de soutien pour financer leur entreprise et cherchent actuellement à obtenir un financement de contrepartie chez DivertNS. L’entreprise a également bénéficié de l’expertise d’Andrew Kendall, seul membre de Springboard représentant St.FX, qui a ouvert des pistes de nouveaux rapprochements dans l’industrie.

Messieurs Starr et Gauthier attribuent également leur succès à Bob Hale, leur agent de liaison universitaire, à Neil Maltby, leur conseiller pédagogique et à Terry Richardson de Graybar Canada, une entreprise de gestion de la chaîne d’approvisionnement et de services logistiques, qui les a aidés à trouver et à construire les dispositifs dont ils ont besoin pour aller de l’avant.

« Toute la communauté de St.FX a été essentielle à notre succès jusqu’à présent », souligne M. Gauthier.

En outre, M. Starr se rendra en septembre à Halifax pour permettre à son entreprise de s’épanouir encore davantage chez deux autres établissements membres de l’équipe #TeamSB. Il amènera son entreprise au programme de maîtrise en entrepreneuriat technologique et en innovation (MTEI) de l’École d’administration des affaires Sobey de l’Université Saint Mary’s tout en continuant à participer au programme Emera ideaHUB de l’Université Dalhousie.

Tout comme la communauté de St.FX, le programme The Hub a été une source de soutien essentielle pour DST, permettant à l’entreprise de se rapprocher de différentes ressources pour valider son modèle d’affaires et soutenant le prototypage et les collaborations en R et D. Le programme servira aussi de ruche à l’entreprise tandis que cette dernière approfondit ses recherches grâce au programme Accélération de MITACS.

« À l’avenir, nous espérons pouvoir étendre ce modèle de recyclage à d’autres établissements universitaires et municipalités, ce qui, idéalement, offrirait des possibilités d’emploi tout en étant bénéfique pour l’environnement », conclut M. Starr.

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